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PEINTURE

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Québec, Canada. 2023

FOREST OF BUCKLAND

Série en cours dans la création
Résonance : Échos d'un Canada en pleine fermentation

Au cœur des vastes étendues canadiennes, se dessine un récit poignant à travers l'objectif d'un appareil photo et la magie du montage numérique. Chaque pixel ajouté dans mon projet artistique, intitulé "Résonance", symbolise le temps que nos arbres prennent pour bourgeonner au printemps. Cette démarche artistique s'efforce de saisir à la fois la tragédie et la beauté qui se révèlent lorsque la nature gronde, que les flammes des incendies de forêt dansent, et que le bouleversement climatique laisse sa marque en cette année charnière, 2023.

Des centaines de milliers d'hectares de terres ont été engloutis par les flammes, exposant ainsi la vulnérabilité de nos écosystèmes aux caprices des changements climatiques. Les températures en hausse, les sécheresses implacables, et la multiplication des incendies de forêt ont poussé notre nation au bord du précipice. "Résonance" capte cette réalité alarmante en illustrant la splendeur des forêts du Québec, mon pays natal.

Au cœur de cette série réside un appel à l'action, un appel à réfléchir sur l'urgence d'une lutte globale contre le changement climatique. Les feux de forêt canadiens ne sont pas un phénomène isolé, mais un cri d'alarme face aux défis mondiaux auxquels l'humanité est confrontée. Le salut de nos forêts canadiennes face à ce bouleversement climatique dépend directement des mesures que nous prenons pour en atténuer les effets. Chacune de mes œuvres raconte l'histoire d'un écosystème vulnérable, une réalité tangible qui pourrait disparaître, un appel à une action collective.

Un élément clé de mon travail est la mise en lumière de la transition vers le numérique, qui peut contribuer à la sauvegarde de nos forêts. Chacune de mes œuvres se matérialise sous une forme numérique. Les forêts qui prennent forme pixel par pixel, dans un processus numérique méticuleux, se transforment en impressions Thermo-relief sur des support recyclés. Cette technique a été choisie en raison de ma conviction que l'abandon progressif de l'utilisation du papier au profit de la technologie numérique représente un pas vers la réduction de la déforestation. Mes œuvres photographiques illustrent la beauté de cette transition, soulignant les avantages qu'elle offre en termes de préservation des arbres et de protection de nos forêts.

"Résonance" n'est pas uniquement un témoignage visuel, c'est un cri d'alarme et une ode à la résilience de la nature face à l'adversité. J’espère que ce projet inspirera la prise de conscience et l'action, incitant chacun d'entre nous à s'unir pour protéger notre planète et notre avenir.

Karine Detcheverry

FOREST OF BUCKLAND, Québec, Canada 2023
Thermographie, impression thermo-relief sur support recyclé

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Sète, Montpellier

ÉTANG DE THAU

2015-2020 France
UN LIEU, DES ŒUVRES

Karine Detcheverry a fait le tour de l'étang de Thau, pour en donner ensuite dans son atelier une vision très personnelle. Dans Impact on Landscape, cette ancienne architecte québécoise donne de l'étang une vision très graphique et quasi-monochrome. Inattendue et qui permet de rafraîchir le regard.

Arrivée il y a huit ans dans la région, Karine Detcheverry aime la côte, la Méditerranée, les étangs. Mais cette Québécoise pose dessus un regard neuf, permettant de redécouvrir autrement des lieux mille fois regardés.

« Je m'y suis beaucoup promené, j'ai pris des photos, des photos de paysages, des photos des plages de Sète l'été, des clichés que tout le monde pourrait prendre et qui ne sont qu'un point de départ pour développer ensuite un travail en atelier. Ce qui m'a intéressé sur l'ensemble de cette série, c'est l'impact de l'homme sur le paysage ».

Avec ce fil conducteur, l'artiste a réalisé des œuvres plus ou moins figuratives, mais qui ont toutes des caractéristiques communes : de grands formats, une dominante noir et blanc très légèrement rehaussée de couleurs, un côté graphique assumé. Et quand la couleur apparaît de manière franche, ce n'est pas pour rehausser un ciel ou la couleur de l'eau, mais pour figurer, de manière quasi-abstraite l'emprunte humaine sur ces territoires.

Karine Detcheverry a fait des études d'architecte, puis a travaillé dans les milieux de la publicité et du théâtre au Québec, avant de poursuivre par des études en cinéma au Danemark. Aujourd'hui, toutes ces influences se retrouvent dans son travail de peintre. « Ave ce travail, j'ai renoué avec une démarche que peuvent avoir les architectes : on s'approprie un lieu, on en donne sa version. Ici, j'ai transformé les choses vers un univers assez poétique ».

Travaillant directement sur un agrandissement photographique ou au contraire partant sur une toile vierge, Karine Detcheverry donne petit à petit sa vision de l'étang : couche à couche, mêlant peintures acryliques et encre de seiche, restant au plus près du paysage ou au contraire rajoutant des éléments plus ou moins abstraits. On est à mille lieux des représentations saturées de couleurs qui collent souvent aux paysages du Sud de la France.

A l'horizon, les collines de Sète ou d'Agde ou d'un arrière-pays moins défini, au premier plan, les horizontales de l'eau et les verticales des piquets des parcs à huître, le blanc de l'eau, le noir des piquets, le tout empli de vibrations comme peut l'être n'importe quel paysage aquatique. Et quand Karine Detcheverry évoque les plages de Sète l'été, elle utilise le même langage pictural, mais cette fois-ci, le noir des personnages et le blanc de la plage se mêlent, les horizontales et les verticales se croisent. La présence humaine grignote l'ensemble.

Au total, l'artiste a réalisé une vingtaine de toiles dans cette série qui a été présentée en avril à la galerie Agnès B. à Montpellier, avant de prendre la route du Québec et du Portugal.

Texte de Jean Ibanez

Etang de Thau, Montpellier, France 2018

Encre et pigments  100 x 120 cm

Etang de Thau, Montpellier, France 2019

Encre et pigments 100 x 120 cm

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Yukon, Canada. 2014

LES NAGEUSES DE WOLF-LAKE

Montpellier Séte France New-York
LA RESPIRATION DU MONDE

Un jour, au mois de novembre, pendant quelques heures, dans un paysage sauvage du Canada, des centaines de femmes se retrouvent pour nager dans les eaux glacées d'un lac. Les photos-peintures de Karine Detcheverry nous racontent l'histoire de ce rituel étrange et mystérieux. Elle nous montre une chorégraphie de corps qui apparaissent et disparaissent dans la masse informe, liquide et minérale du Wolf Lake. Ce lac, étendue immobile, plane, devient, tout à coup, agité, instable. Animé de l'intérieur, il reprend vie au moment où ces corps se régénèrent au contact de son eau glacée.

Comme un troupeau, à un moment de sa migration, qui vient boire à un point d'eau, toutes ces femmes retrouvent leur animalité, leur grégarité en fusionnant avec les éléments. L'écume produite par le frottement des eaux et des corps réveille, pour nous européens, cette inquiétante étrangeté de la déesse Aphrodite («aphros» en grec: écume) née de la violence du dieu Kronos qui émascula son père, Ouranos (le Ciel), pour sortir du ventre de sa mère, Gaïa (la Terre). Dans sa Théogonie, Hésiode nous raconte que de ce geste sauvage est née Aphrodite, cette écume, cette «aphros» qui s'est formée au moment où le sang et le sperme d'Ouranos sont retombés dans la mer. Serions-nous, dans cette expérience, féminine et collective du Wolf Lake, dans un rituel aphro-disiaque ?

Dans cette rencontre entre le froid des eaux glacées du lac et la chaleur des corps, nous sommes pris dans une contradiction, celle de l'expérience sensible et du jugement esthétique. En effet, le froid, la glace est ce qui fige nos émotions, ce qui tient à distance nos habitudes d'empathie. Notre regard est comme déconditionné, déstabilisé dans ses codes et ses représentations sociales par le travail des corps et le travail pictural de Karine qui retouche ses photos avec de la matière, de la peinture. C'est là que se joue tout son travail plastique: comprendre, à la fois, la nécessité de l'image photographique tout en luttant contre son pouvoir de cristallisation, de mort. Les touches de peintures, touches de couleurs, accentuent, intensifient l'éclat lumineux de l'écume des eaux.

Les photos-peintures de Karine ne nous montrent pas des plongeons, des corps qui crèvent de l'extérieur la surface de l'eau. Ce que nous voyons, ce sont des corps, des bouts de corps: des têtes, des jambes, des genoux qui affleurent à la surface de l'eau. Nous sommes là, à la limite, à fleur de l'eau, à fleur de peau, dans une lutte très organique, très archaïque, pour respirer. La technique mixte des œuvres de Karine exprime la nécessité de la porosité des êtres vivants. Ici, les pores de l'image photographique sont l'espace symbolique et métaphorique des pores de la peau des nageuses et de la surface du lac. En étant au plus près et au plus loin des corps, en alternant des images d'une grande précision, d'un grand réalisme, dans lesquelles nous pouvons voir des jambes, des genoux, des têtes et des images abstraites où les têtes des nageuses ne sont plus que des points noirs sur la surface lumineuse de l'eau, Karine met en scène le mouvement même de la respiration du monde.

Texte de Jean Ibanez